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Les secrets de l’utilisation et de l’entretien du couteau des modélistes

mercredi 25 février 2004


Pour commencer cette série, qui je l’espère perdurera aussi longtemps qu’elle saura susciter quelque’ intérêt pour vous , on va faire un petit tour au rayon outillage de votre atelier pour s’intéresser au plus indispensable de nos outils : le couteau de modéliste.
C’est l’oublie de tous, personne n’en parle jamais et pourtant il est omniprésent.

X-Acto hier, il se décline à présent sous bien des noms. Ses lames adaptables de formes variées permettent divers découpages de différentes matières. Son manche remanié par les designers au gré des caprices industriels n’a globalement pas évolué : une pince se visse dans une partie massive à travers une bague tronconique... Simple et efficace, plus on visse plus les lèvres de la pince se resserrent.
A l’heure du choix, veillez juste à bannir les modèles présentant des pinces en plastique ou des bagues si minces qu’elles s’ouvrent au serrage.
Les lames offrent un choix de forme quasiment sans limite.. Sans doute ont-elles toutes une spécificité...Trois ou quatre formes de base résoudront toutefois la plupart des problèmes posés. La plus universellement utilisée est la longue lame triangulaire. Elle fait à peu près tout et si vous deviez n’en posséder qu’une, choisissez celle là.

Le but n’est pas de vous apprendre comment vous servir de cet instrument mais surtout comment l’entretenir. Restez avec nous ça va devenir passionnant !
Outre un tranchant acéré une lame de qualité doit présenter un état de surface sans défauts...
Les lames du commerce pour cet outil sont de eux types. Les unes , sont en acier inox 440 dit "chirurgical". Elles sont vendues chez les fournisseurs de matériel paramédical et chirurgical et sont très chères. Mais elles présentent une surface polie et ont la particularité de garder assez longtemps leur affûtage. Les autres sont en acier carbone, se trouvent partout et sont relativement bon marché. Mais elles ont une fâcheuse tendance à rouiller et à très vite présenter une surface "piquée". De plus elles cassent assez facilement et perdent très rapidement leur tranchant. Vous remarquerez que bien souvent, ces lames lorsqu’elles sont neuves sont enduites d’un produit gras (généralement de la vaseline). C’est justement pour les protéger des piqûres de rouille et autoriser une extraction aisée des matières où on les plonge.
Il faut impérativement préserver cette pellicule de surface. Pour ce faire il y a beaucoup de solutions. En voici quelques unes. :
- la vaseline. C’est ce que j’utilise...Préparez un feutre (le tissu pas le stylo) épais imbibé d’huile de vaseline sur lequel vous "essuierez" régulièrement la lame de votre outil. Quelques microns suffisent à protéger la lame et à vous assurer d’une glisse parfaite.
- Le pain de suif... c’est le top mais il faut pouvoir supporter l’odeur !
- Le fiel de bœuf... même utilisation que l’huile de vaseline. Il est tout de fois plus difficile de s’en procurer (abattoirs ou commerces spécialisé dans les fournitures pour artistes). Il tient mieux sur la lame et la pellicule peut-être renouvelée moins souvent.
- Le savon... il serait parfait s’il n’avait pas la tendance à noircir au contact de l’aluminium (règles de coupe) et de déposer ensuite cette couche noirâtre sur les matières que vous découpez.
- Les lubrifiants secs au Téflon...Ils sont parfaits pour la glisse des tables de vos machines à bois (ils sont conçus pour ça) mais sont beaucoup trop volatiles pour tenir sur la lame du couteau.
- La paraffine ou le fart à skis... c’est une catastrophe dans le bois. La lame se coince en permanence et progresse par saccades le long de la coupe.

A présent ni la rouille ni la colle ne viendront plus gâcher l’état de surface de votre lame. La liste n’est pas exhaustive et bien d’autre produits peuvent sans doute être utilisés avec succès.

Maintenant que notre lame est protégée, voyons comment entretenir son tranchant.
A l’heure du tout consommable, quand on vous vend ces lames par blister de cinq, distributeur de dix, boites de cent et même de mille (ne rigolez pas... ça existe) on vous invite à changer l’objet quand il ne coupe plus...et bien non ! Comme n’importe quel objet tranchant cela s’affûte et même très facilement.
Il va vous falloir investir un peu moins d’une quinzaine d’euros et vous procurer une pierre de Coticule bleu. Ne la cherchez pas chez le détaillant du coin, il n’y a, à ma connaissance, qu’un seul distributeur en France (cf. coordonnées en fin d’article).
Un poil de science :
Le Coticule est une pierre abrasive naturelle à grains très fins, constituée d’une forte concentration de Grenats arrondis, soudés par une matrice de Mica et de Quartz. La régularité et la finesse des grains (5 à 20µ) confère à cette pierre des propriétés abrasives exceptionnelles.

Cette pierre s’utilise mouillée. Le frottement de la lame sur la pierre va soulever des poussières de Coticule qui, mélangées à l’eau, vont former une espèce de boue abrasive très fine (cela équivaut à un grain 1500 ou 2000) de couleur gris-violacé. Les mouvements imprimés à la lame dans ce milieu abrasif va produire l’affûtage. Vous pourrez considérer que la lame est correctement affûtée lorsque elle pourra trancher de façon nette (sans déchirures) un essuie-tout tenu verticalement.
Mais voyons plutôt comment procéder.
- Vérifier l’état de l’émouture (la forme de coupe) de la lame. Si celle-ci est ébréchée ou trop abîmée c’est trop tard, il va falloir la changer ( les plus adroits pourront refaire la forme avec une lime douce ou une meule à eau). Ne tentez jamais d’affûter une lame esquintée, vous risqueriez de rayer la pierre. Si tout va bien (le résultat d’un entretient régulier) on passe à l’étape suivante.

- S’assurer d’un point fixe. Dans notre cas se sera la pierre. La poser sur un essuie-tout humide pour qu’elle ne glisse pas lors de l’affûtage.
- Choisir l’angle d’affûtage. Normalement il correspond au "V" de l’émouture mais peu être légèrement modifié. Ce "V" est ordinairement compris entre 15° et 25°.
à 15° l’affûtage sera très fin mais ne durera pas longtemps.
à 25° il résistera mieux mais n’autorisera sans doute pas des coupes aussi précises.

A vous de choisir mais une fois que vous vous êtes décidés, ne changez plus. Pour estimer l’angle d’affûtage, positionnez la lame perpendiculairement à la pierre, puis divisez l’angle droit . Par exemple divisé par deux puis encore par deux cela vous donne approximativement vos 25°. Divisé par trois puis par deux vous obtenez 15°. Prenez des repères avec votre main pour retrouver facilement l’angle souhaité. Avec un peu de pratique cela vient très vite.

- La pierre est fixe , bien humectée d’eau et l’angle est trouvé. Il suffit alors de frotter assez fortement la lame en montant et en descendant sans soulever la main et sans varier l’angle. Si la lame présente des parties arrondies, pratiquer alors par mouvements circulaires. Après avoir aiguisé un coté du tranchant, retourner l’outil et faire de même pour l’autre coté.

Il est difficile de donner le temps nécessaire au bon aiguisage. Tout dépend de l’état de la lame et de la qualité de l’acier. Une lame fortement émoussée demandera plus de temps qu’une lame ne nécessitant qu’un simple raffilage. De même une lame en acier chirurgical sera plus exigeante qu’une lame courante en acier carboné.

A ce stade le travail est presque terminé. Comme après chaque affûtage, il reste sur le bord du tranchant des particules métalliques tellement fines qu’elles se courbent d’un coté ou de l’autre du tranchant... C’est ce que l’on appelle le "morfil" . Cela n’est visible qu’a fort grossissement pourtant cela nuit à la qualité de la coupe. Il faut donc supprimer ce morfil.
Pour ce faire nous allons nous bricoler un petit instrument en contre-collant une bande de cuir sur un support rigide de mêmes dimensions.

A titre d’information le mien fait 200 mm X 50 mm. Le cuir épais de 3mm est collé sur un support en contre-plaqué de 19mm, au bout duquel est emmanchée une poignée (c’est pas obligatoire mais très pratique).
Bref vous venez de réaliser un "cuir" qui maintiendra en état le fil de vos lames. Souvenez vous du coiffeur qui passe régulièrement son coupe-chou sur le cuir.
Après aiguisage, on passe deux fois chaque coté de la lame DANS LE SENS DU FIL (comme si on essuyait la lame). Cela polira la finition et redressera le petit morfil.
Pendant l’usage du couteau, passer régulièrement la lame sur le cuir redresse le fil qui s’écrase au fur et à mesure des coupes. La lame coupe ainsi plus longtemps avant de devoir être raffûtée.

Récapitulons :
- On repasse la lame sur la pierre pour en aiguiser le fil
- On enlève le morfil sur le cuir
- On protège la lame avec le feutre vaseliné

Durant le travail, le cuir et l’étoupe de vaseline doivent toujours se trouver à proximité. Avec de l’expérience on "sent" le moment de passer la lame sur le cuir ....on sent qu’elle ne coupe plus aussi bien.... On travaille, on affile, on protège...on travaille, et ainsi de suite ....
Si vous suivez ces quelques conseil, vous aurez alors les moyens de ne vous concentrer que sur ce que vous êtes en train de réaliser en oubliant totalement la technique.

Nous voilà parvenus au terme de notre première étape. Affûtez bien vous outils car le mois prochain je vous donne rendez-vous autour des différents types d’assemblages des bois.

A bientôt

Dédale, surfer des vents
Vous trouverez les pierres de Coticule chez : VIE-NATURE Miraudon 42330 SAINT MEDARD EN FOREZ Un bon de commande est imprimable sur le site www.vie-nature.fr